Lorsqu'on parle de poète ayant endisqué dans le domaine rock, on pense souvent avant tout à Raôul Duguay, grâce à son succès « La Bittt à Tibi ». Mais reste qu'il n'était pas le seul à se distinguer comme poète avant de s'aventurer dans le monde musical. Claude Péloquin nous arrive à peu près en même temps que Duguay (c'est-à-dire, autour du début des années '60) et se démarque comme poète provocateur, publiant son premier livre lui-même en 1963. C'est au milieu des années '60 qu'il est présent à la naissance du spectacle multidimensionnelle au Canada, comme co-fondateur de L'Horloge du nouvel âge en 1964, et ensuite du groupe Le Zirmate en 1965. Textes, danse, projections, musique électronique, et autres facettes se combinent afin de créer quelquechose sans semblable qui se verrait même présenter lors de l'Expo '67. Si « La Bittt à Tibi » serait la chanson la plus célébrée de la plume de Duguay, Péloquin en ferait autant en écrivant le texte pour la chanson « Lindberg » (bien que celle-ci est plutôt associée en général avec le compositeur de la musique, qui fut également son premier interprète: Robert Charlebois).

C'est en 1972 que ses textes (et sa voix) sont enregistrés sur disque, lorsque Polydor lance « Laissez-nous vous embrassez où vous avez mal », signé Péloquin Sauvageau. Aussi grand qu'est l'ombre de Péloquin qu'on y cache souvent l'autre moitié responsable pour le premier album presque entièrement électronique pondu au Québec. Autrefois batteur et élève de Stackhausen, Jean Sauvageau se consacre à la musique électronique dès la fin des années '50 avec l'invention de ses premiers synthétiseurs. On trouve parmi celles-ci « La Machine à Sauvageau », objet d'intérêt autant pour Robert Moog (inventeur du synthétiseur qui porte son nom) ainsi que les membres du groupe progressif brittanique Pink Floyd, dont tous viennent rendre visite. Il participe également à L'Horloge du nouvel âge et Le Zirmate, et enrégistre plusieurs pièces de musique électronique pour les pavillons d'Expo '67.

L'album lui-même provoque autant du côté sonore que de celui des textes: la poésie de « Mama Vagina » n'est qu'une suite répétitive de mots grossiers crachés de façon maniaque, à haute voix et à toute vitesse, accompagné de reel joué tout cru au violon et de « bulles » électroniques traîtées, le tout oeuvrant d'intéraction hilarante. De l'autre côté, « Monsieur l'Indien » est sobre, sombre et poli, lorsqu'une histoire d'opportunisme contre une famille indigène est accompagnée d'une musique simple et répétitive de nature presque krautrock. Ces deux pièces furent les plus démarquées de l'album lors de son arrivée, la dernière même en France. L'album est relancé en 1977 comme « Monsieur l'Indien » (attribué simplement à Claude Péloquin), et ensuite sous sa forme originale sur disque compact en 2004, avec deux pièces bonies tiré d'un 45 tours de l'époque.

Suite à un album avec le groupe Kinchamali enrégistré en direct (« Pélo Krispé », 1973), Péloquin reviendrait au monde progressif comme membre du groupe Éternité en duo avec Michel LeFrançois. (Comme l'album de Péloquin Sauvageau, tous ces titres sont souvent attribués à Péloquin seul, même dans les notes sur la réédition de « Laissez-nous vous embrasser où vous avez mal »!) Tant qu'à Sauvageau, celui-ci se dédie à l'enregistrement de la musique électronique, en plus de composer pour les annonces publicitaires et les CD-ROM.

Raôul Duguay is so ingrained in Québec's collective consciousness (thanks to his hit "La Bittt à Tibi" ensuring his celebrity), that it would be easy to ignore that he wasn't the sole poet to wander into recorded rock music territory. Claude Péloquin stepped onto the scene about the same time as Duguay (namely, quite early in the 1960's) and wasted no time in provoking, self-publishing his first book in 1963. Péloquin was present for the birth of the multidimensional spectacle in the mid-'60s, as co-founder first of L'Horloge du nouvel âge in 1964, followed by Le Zirmate in 1965. Poetry, dance, slide projections, electronic music, and other forms of presentation would combine to create a whole new entity that would even be showcased during Expo '67. If "La Bittt à Tibi" would be Duguay's best-known song, Péloquin would write the words for the classic "Lindberg" (even though this one is associated with the man who penned its melody, and who also first performed the tune: Robert Charlebois).

1972 sees his poetry (and his voice) recorded onto vinyl, when Polydor releases "Laissez-nous vous embrassez où vous avez mal", credited to Péloquin Sauvageau. Péloquin's shadow looms so largely as to often hide the other half responsible for Québec's first (almost) entirely electronic album. Jean Sauvageau, previously a drummer and student of Stackhausen, devotes himself to electronic music near the end of the 1950's with the invention of his first synthesizers. Amongst these is La Machine à Sauvageau ("Sauvageau's machine"), which earned him visits from a fascinated Robert Moog (inventor of the Moog synthesizer), as well as members of British progressive rock group Pink Floyd. Also a member of L'Horloge du nouvel âge and Le Zirmate, Sauvageau would record several electronic works for Expo '67's pavilions.

The album itself provokes as much from its sonic content as from its text: the words to "Mama Vagina" are little more than a repetitive string of toilet talk spit out in a loud, manical frenzy, accompanied by a roughshod fiddle tune and EQ-filtered electronics "bloops", all interacting to the point of hilarity. On the other hand, "Monsieur l'Indien" is a polite, sober and somber look at opportunism against an aboriginal family, spoken to the beat of a simple and repetitive tune almost krautrock in nature. These two tracks stood out most upon the album's arrival, the latter even in France. The album is re-released in 1977 with the modified title of "Monsieur l'Indien" (now simply credited to Claude Péloquin), and once more in its original form on CD in 2004 (with two bonus tracks taken from a 7-inch single from the same era as that of the album's original release).

Following a live album with the group Kinchamali ("Pélo Krispé", 1973), Péloquin would return to the progressive scene as member of the duo Éternité, with Michel LeFrançois. (As is the case with Péloquin Sauvageau's album, these albums are often credited solely to Péloquin, even in the liner notes accompanying the CD reissue of "Laissez-nous vous embrasser où vous avez mal"!) Following this sole project between the two, Sauvageau would dedicate himself to recording electronic music, as well as composing for commercial ads and CD-ROMs.